Protection un peu trop rapprochée…

28 janvier 2008 – 23:28

Mesdames Messieurs, bonsoir.

Une nouvelle espèce de plante fleurit peu à peu dans nos villes, grise, avec des fruits en formes de parallélépipèdes. Elle ne fane jamais et son œil est ouvert aussi bien de jour que de nuit : la caméra de surveillance ! Elle n’est pas seule, les puces électroniques et autres GPS se développent également.

3 fois plus en moins de 3 ans…caméra de surveillance

Le nombre de caméra de surveillance en ville devrait tripler en 3 ans en France. Cette mesure a été annoncée en octobre dernier par le Ministère de l’Intérieur. La France compte environ 10 fois moins de caméras de surveillance que l’Angleterre aujourd’hui (qui comptabilise 4 millions de caméras de surveillance dans ses villes, soit 1 caméra pour 14 habitants !).

Les films récupérés par ces caméras permettent de résoudre certaines affaires de vol ou de terrorisme, ce qui est une bonne chose puisque ça contribue au respect de l’ordre public. Cependant cela ne permet pas de les éviter mais simplement d’arrêter les auteurs à posteriori. Lorsque l’on s’intéresse de plus près à ce phénomène, aux bavures et à l’avenir des technologies du domaine de la surveillance, il y a de quoi avoir peur.

Cultiver la différence ? Il ne vaut mieux pas…

L’exploitation d’un parc de caméras peut coûter très cher, beaucoup de caméras veut dire beaucoup de personnel pour les regarder. La tendance tend donc vers l’automatisation du matériel de surveillance. Certaines grandes universités et des firmes telles que Myspace travaillent sur des logiciels permettant de lire sur les lèvres ou de repérer des comportements suspects. Or à vouloir tout automatiser, on se trompe souvent, en mettant de côté le bon sens ou la présomption d’innocence. Le 7 juillet 2005, au lendemain des attentats de Londres, Jean Charles de Mezenes a pris le métro, il portait des vêtements chauds et ce fût son seul tort. Au cours de son parcours il a été abattu de sept balles dans la tête par des policiers qui avaient été alertés par un logiciel « d’allure » branché sur les caméras de surveillance. Pour le logiciel, sa façon de s’habiller pour la saison était anormale…

OVNI ? Non, ELSA

ELSA (engin léger de surveillance aérienne)… un bien joli prénom pour une machine qui a pour but de surveiller de manière ponctuelle les quartiers sensibles et les mouvements de foule (manifestations). Cet engin est un drone, une sorte de grosse abeille munie d’une caméra infrarouge qui vole à 20km d’altitude. Parfait pour survoler les zones sensibles, comme nos chères banlieues par exemple… une autre vision de la police de proximité ?

Les puces, ces sales bêtes…

Tous les accessoires censés nous faciliter la vie, comme les portables, les GPS, les cartes de crédits où même les pass navigo (pour les parisiens) agissent en réalité un peu comme les bracelets électroniques qui pistent certains détenus. Un portable, même éteint peut être localisé géographiquement, les dernières générations peuvent même être allumés à distance en mode écoute à l’insu de leur propriétaire pour capter tous les sons à portée… Les cartes de crédit renseignent chacune de nos transactions et les pass Navigo chacun de nos déplacements.

Aller et venir librement…

La question est pourquoi ? Pourquoi associer nos numéros d’abonnés RATP à nos déplacements ? Pourquoi retenir leurs heures et leurs lieux ? La réponse est, pour lutter contre la fraude… Ce qui est marrant dans tout ça c’est que d’après la STIF (société des transports d’île de France), notre liberté d’aller et venir anonymement et librement, coûte à peu près 5 euros. C’est le nombre d’euros qu’il faut payer en plus pour acquérir le pass « découverte » anonyme … Ecoutez bien les messages qui passent en boucle dans nos stations de métro, bientôt finit les bouts de papier orange, il n’y aura que la puce pour prendre le bus…

Ca se passe à coté de chez vous…

A quoi pourraient servir toutes ces informations ? A sauver nos enfants s’ils se font enlever me répondrez vous, certes cela serait efficace ; mais j’ai le sentiment qu’elles servent aussi à quadriller nos vies, à nous surveiller plus qu’à nous protéger. Il suffirait qu’un jour un gouvernement mal intentionné décide d’utiliser tous ces outils pour instaurer une politique de surveillance de chacun de nos faits et gestes. Qui sait ? Peut-être que Big Brother prépare le terrain pour réellement s’emparer du monde. On pourrait aussi pensé que ce pourrait être un formidable outil marketing pour les grandes enseignes. Imaginez : vous vous baladez dans la plus grande rue marchande de votre ville, votre pass de transport renseigne sur votre arrivée et vous retirer 20€ dans le distributeur près de la gare. Vous pourriez recevoir des dizaines de sms sur les articles à 20€ dans chacun des magasins de la rue, sympa non ?

Protection efficace ou surveillance de la population ? Et vous qu’en pensez vous ?

  1. 3 réponses à “Protection un peu trop rapprochée…”

  2. Le danger dans tout ça c’est que la population s’habitue par petites étapes à la surveillance généralisée…Aujourd’hui le nombre de caméra des anglais nous choque, car 10 fois supérieur au notre. Mais par augmentation successives, ce nombre arrivera à 1.5 fois supérieur au notre, et alors nous ne seront pas choqué si le gouvernement français augmente encore le nombre de caméras. Dans chaque domaine de la surveillance cela se produit. C’est pour cela qu’il faut dire NON tout de suite, à toute surveillance, aussi légère semble-t-elle pour l’instant, sous peine de devenir du bétail productif, rentable, et sans âme dans 20 ans.

    Par Ced le 29 janvier 2008

  3. Le problème, c’est que beaucoup de personnes pensent être mieux protégées grâce à ces technologies, ils n’imaginent pas le danger. C’est vrai que le nombre de caméras va augmenter vite, en parallèle, les moyens de surveiller la population sont devenus en quelques années un marché très porteur et très intéressant financièrement. De nouvelles techniques vont voir le jour et on en parle peut-être pas assez. Quand on pense que d’ici 5 ans, l’armée américaine va expérimenter des puces éléctroniques de la taille d’un grain de riz dans le cerveau de ces soldats pour “surveiller leur santé”, ça donne des frissons.

    Par Pob le 29 janvier 2008

  4. Ce qui me parait dangereux,c’est que ce phénomène de surveillance généralisée se développe de façon silencieuse. Il est vrai que dans notre vie courante,ça n’a pas pour le moment beaucoup d’impact. Il est facile de se dire que comme après tout ça ne nous dérange pas, autant laisser faire. Et c’est là que réside le danger!! Le mouvement se banalise et donc peut facilement se développer à petites doses.
    Je crois qu’il n’y a qu’une solution: être toujours vigilant! Et en débattre, ça permet de rester vigilant. Alors merci POB.

    Par Margarita le 30 janvier 2008

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