Pas si net le Net…?
12 février 2008 – 12:49Environ 30 millions de pirates virtuels potentiels en France, pour chaque internaute, il suffira d’un seul clic pour être hors la loi. En novembre dernier, M.Olivennes, président directeur général de La Fnac a transmis un rapport au gouvernement. Ce rapport fait un point sur la situation de l’industrie du disque en France.

Il demande au gouvernement de mettre en place un certain nombre de sanctions visant les pirates qui sévissent sur Internet. Mme Christine Albanel, notre ministre de la culture va proposer un projet de loi au Parlement au printemps. Son but est de faire passer cette loi avant cet été.
Des fissures dans les maisons de disque…
En 5 ans, l’industrie du disque a perdu pas moins de 50% de son chiffre d’affaire… Cette année, le marché vient de passer en dessous de la barre symbolique des 800 millions d’euros. Les supports physiques, CD et Dvd, connaissent une forte baisse des ventes (-22%) et la hausse des ventes du numérique (qui ne représente que 8% des ventes totales) ne suffit pas à combler la perte engendrée. Environ 9 millions de français téléchargent régulièrement des fichiers de manière illégale. Les logiciels de peer-to-peer (Emule, Edonkey, Kazaa par exemple) et les liens Torrent sont les plateformes les plus utilisées. Ce ne sont pourtant que de simples logiciels de partage qui s’inscrivent totalement dans l’idéal qu’on se fait d’Internet. Il est si simple de partager ses fichiers à ses amis, surtout qu’avec Internet, des amis, on peut s’en faire quelques milliards…
Le streaming est aussi un système de transmission de donnée qui fait très peur aux maisons de disque. Les sites comme dailymotion ou youtube renfermaient il y a peu de temps (aujourd’hui leurs contenus sont de plus en plus surveillés) des milliers de vidéos de séries télé, de clips, voire même de films entiers.
Une loi plutôt dissuasive…
La France se bouge, elle décide de règlementer un peu tout ça. Avant le fameux rapport Olivennes, la sanction pouvait s’élever à 300000 euros d’amendes et 3 ans de prison, cependant, seuls quelques internautes ont été arrêtés et condamnés. La loi qui va être proposée par Mme Albanel expliquera la mise en place, en partenariat avec les FAI (fournisseurs d’accès Internet) d’un système dissuasif. Si vous téléchargez illégalement, un premier mail vous sera envoyé par votre FAI, si vous continuez, un second mail vous sera envoyé et si vous vous obstinez dans les 6 mois suivant ce courrier électronique, vous risquerez de ne plus avoir accès au web pendant une période d’un mois à un an (résiliation du contrat FAI et inscription sur une liste noire nationale)… Autant vous dire que pour certaines personnes accros au net, c’est pire que 10 ans de prison. D’un côté, ça risque de faire le bonheur des gérants de cyber café…
A noter que l’instance publique qui se chargera de contrôler les agissements des internautes aura le joli petit nom de « Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet ».
Les alternatives légales au piratage…
La question est, existe-t-il des plateformes pour écouter de la musique gratuitement et légalement ? Et bien oui. L’année 2007 a vue l’émergence de certains sites comme Deezer, qui proposent de la musique en streaming. C’est une très bonne alternative, car la musique est totalement accessible, mais non téléchargeable. Les maisons de disque y trouvent leur compte car elles touchent une partie des bénéfices générés par la pub sur ces sites.
En ce qui concerne la vidéo, quelques services de VOD (video on demand) se mettent en place, même si les prix sont intéressants, ces services restent payants ce qui irrite certains internautes…
La fin de l’Internet libre ?
Internet a longtemps été perçu comme une fenêtre ouverte sur le monde, en tout cas sur un monde où l’on peut tout voir, tout entendre sans dépenser un sou. Mais avec une évolution exponentielle du nombre d’utilisateurs, de sites et de services, les professionnels touchés par les dérives du web se sentent en danger et veulent réagir. Règlementer Internet est sûrement une bonne chose, c’est compréhensible de défendre les intérêts des auteurs et des artistes. Cependant, la plupart des artistes aiment l’idée de diffuser leur musique gratuitement sur Internet (Radiohead, Manu chao…), leurs revenus ne se basent pas en majorité sur leurs ventes de cd, elle dépend surtout de leur notoriété (vente d’image, pub…) et des ventes de place de concerts. D’ailleurs certains artistes se sont fait connaître grâce au web… Au final, les principales victimes sont les maisons de disque qui tardent à passer au numérique et au téléchargement légal.
D’après vous, règlementer Internet, est-ce une nécessité ou au contraire une meilleure façon de contrôler ce formidable média ?
Est-ce que les maisons de disques survivront à cette révolution numérique ?
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5 réponses à “Pas si net le Net…?”
Une guerre s’est engagée, si nous sommes plusieurs millions contre quelques uns l’affaire reste la même. Les bénéfices engrangés par les sociétés de production d’artistes restent assez confortables pour ces messieurs.
Le point important de cette affaire est la tournure nouvelle des évènements… Je m’explique. Le téléchargement nous permet de prendre le pouvoir décisionnel sur les productions. Nous vivons la seule période ou les consommateurs dictent la loi de la concurrence et des prix sur les commerçants. Combien serions-nous, si le prix d’un album moyen reste à 15 euros, à consommer… ? En ce qui concerne l’industrie du cinéma, une place à 9 euros sans tarif étudiant le week-end reste scandaleuse. La culture n’est plus accessible, entre un ciné à 9 euros ou une demi journée de téléchargement le choix est vite fait. L’augmentation des places de cinéma ou des albums pour contrer le téléchargement massif reste un semblant de démagogie ( sauf pour le prix, mais pour la manière de faire en tout cas ). Les alternatives sont pourtant nombreuses tel que les bénéfices exclusifs sur les concerts, mais malheureusement pas assez rémunératrices pour nos chers patrons de la FNAC et autres…
Si je dois porter ce titre honteux alors pirate je suis et nous sommes.
Par Chb le 12 février 2008
“Au final, les principales victimes sont les maisons de disque”
Tout est résumé dans cette phrase. Ce sont les maisons de disques qui souffrent, et certainement pas les artistes.
La musique est un art, pas un business ! Pouvoir vivre de son art est un rêve pour tout artiste je pense, mais je doute que ce soit ce qui les motivent à créer. Internet est plutôt favorable aux artistes : quoi de mieux pour se faire connaitre et ainsi espérer avoir du monde à ses concerts ?!
De toute manière, d’après moi, toute mesure prise pour contrer le piratage sur internet connaitra au moins 1 manière de la contourner. Lutter contre la diffusion des oeuvres de manière illégale est peine perdue, je pense. Dommage pour les maisons de disques, tant mieux pour les artistes.
Par Gilles le 12 février 2008
Ce billet assez exhaustif me rappelle une certaine réponse graduée (Fin 2005 - Début 2006) qui avait provoquée la tourmente à l’époque de la loi DADVSI. Qu’est ce qui à changé depuis ? Dans les habitudes peu de choses même si les plates-formes d’écoute légales telles que Deezer, RadioBlog, Last.fm se font une belle place au soleil. Les internautes n’ont pas modifié leurs habitudes en arrêtant de télécharger, le sentiment d’impunité existe toujours et n’est à mon goût pas prêt de s’arrêter.
Les FAIs sont-ils aussi prêts à s’impliquer dans la traque des pirates ou le gouvernement sera-t-il forcé d’imposer des sanctions si les FAIs ne s’y plient pas ?
Il reste encore bien du travail pour clarifier les choses, le seul soucis c’est qu’à chaque décision prise, l’avis des consommateurs est mis de côté car ce sont les multinationales qui prennent leurs décisions dans leur coin.
Par Julien Dubois le 13 février 2008
Entièrement d’accord avec l’ami Julien, cependant je voudrai revenir sur le post de gilles qui me semble un peu généraliste et superficiel dans l’ensemble ( superficiel n’étant pas utilisé au sens péjoratif car le commentaire élève ici un autre point important du débat ).
Attention à ne pas faire trop similitude entre les maisons de disques. Quand tu dis ce sont les maisons de disques qui en souffrent, il faut hélas bien préciser qu’une seule partie d’entres elles dégustent. En effet ne nous soucions pas des grosses productions telles que EMI, Universal et autres, mais portons plus attention aux petites maisons de disques qui, elles, souffrent réellement des dégâts occasionnés par le piratage.
De plus je voudrai ajouter que les maisons de disques produisent aussi les artistes lors des concerts, on appel ça des tourneurs. Donc encore un maximum d’argent récupéré grâce aux tournées. Mais après ça il y a différents types d’artistes, par exemple un chanteur de r’n’b va vendre énormément de cds mais ne fera pas beaucoup de places lors des concerts ou alors les ventes s’étaleront sur plusieurs semaines. A contrario les artistes de rock ne vendent pas autant de cds que les chanteurs de pop ou de r’n’b mais font leurs chiffres d’affaire sur les concerts et tournées. Exemple type : RadioHead ou U2 qui vendent toutes leurs places en une matinée…
Par Chb le 13 février 2008
Le prix des cd et des billets de cinéma est un problème qui va mettre du temps à se régler car c’est un cercle vicieux… Plus il y aura de piratage, plus les prix augmenteront, c’est une chose logique, seule une loi pourrait régler cela. Espérons que les maisons de disque joueront le jeu et baisseront leurs prix si la loi Albanel est mise en place. Je suis tout à fait d’accord pour ce qui est des “petites” maisons de disque, il est clair que si elles basent leur commerce uniquement sur la vente de supports physiques, elles risquent de disparaître. Les grosses maisons peuvent s’en sortir par la publicité ou encore le sponsoring et d’autres activités comme la production de blockbusters.
Je pensais que tu y ferais allusion mon cher Chb mais le problème dans ce débat, c’est qu’on ne demande pas vraiment son avis à l’internaute. Même si nous sommes tous des pirates potentiels, je pense que certains utilisateurs pourraient proposer des solutions intelligentes. Les accords avec les FAI et les maisons de disque c’est bien gentil mais les consommateurs, c’est nous
Par Pob le 13 février 2008